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Observations sur les collages de cire de Katja Gramann

Article de Dr. Barbara Rollmann-Borretty

Titre: "Fundstück", 20x30x3cm
 

Le noir tient tout ensemble. En forme de barres à la structure grossièrement anguleuse,
ce noir entoure le bleu. Ce bleu, flottant dans des champs de couleur irréguliers entre les bandes, n’est pas seulement UN bleu. En passant de la lueur sombre du lapis-lazuli au tur­quoise transparent d‘une des mers les plus claires, chaque champ présente un autre ton de couleur. Et à l’endroit où ils se recoupent apparaît une nouvelle nuance de bleu. Les parties colorées n’obéissent pas à une règle et peuvent facilement se déplacer dans une liberté de mouvement. Si seulement ce noir insurmontable n’était pas là! Et si ce blanc épais et cassé à plusieurs endroits comme un morceau de pâte de massepain se tenant là sur le fond comme support solide n’était pas là lui aussi ! Tout ce qui est dans cette peinture obéit à la loi de la dramaturgie. Un jeu entre l’esthétique et l’expression pour obtenir un rapport de force optimal qui n'en apparaît pas moins par la légèreté du hasard. L'utilisation de qualités de couleurs pures favorise directement le développement du monde émotionnel sensuel. L'absence totale de la représentativité inspire un langage visuel élémentaire et contrasté – ce qui s’apprenait déjà des grands maîtres de l'informel. 

Aucune peinture ne ressemble à une autre. Cependant, notre imagination peut relier cha­cune d’elle aussi bien au plus petit qu’au plus grand des mondes. Le format sous lequel une œuvre est créée ne joue ici aucun rôle. Les associations oscillent entre les micros­tructures de cristaux, les objets existant réellement et les paysages célestes fictifs. La cons­cience collec­tive est stimulée pour qu’elle se souvienne. Les peintures les plus expressives sont bien clas­sées sous le terme de style archaïque. Le sujet de la pierre et du cristal y est omniprésent. Les grandes surfaces de blocs de couleur angulaires qui se dressent en posi­tion verticale comme un massif rocheux dans un paysage primitif constituent un élément dominant de ces peintures. On peut observer des formations similaires dans les décors de scène modernes lorsqu'ils ont été conçus pour des drames de l'antiquité.

Katja Gramann compose ses collages de cire en utilisant une technique très élaborée. Les nombreuses étapes de son travail commencent par la constitution du fond sur le support de peinture. Pour la coloration du papier de collage, généralement du papier chinois, des pig­ments de couleur dissous sont appliqués sur les feuilles de papier empilées ; ils s'infiltrent ainsi jusque dans les couches de papier les plus basses – il en résulte automatiquement des différentes saturations de couleur. Après le séchage, l'artiste arrache à la main des morceaux des feuilles pour la conception de l'image. Un processus dans lequel elle se laisse guider par le motif aléatoire de la couleur appliquée. Ainsi se créent des champs irréguliers qui sont d’une grande importance pour le caractère du collage.

Après la mise en place et la fixation de ces feuilles, elles sont plusieurs fois enduites délica­tement de cire fondue. Il faut beaucoup de sensibilité et de patience pour réaliser ce recou­vrement de cire qui est typiquement transparent et pourtant hermétique. Le résultat est un espace pictural abstrait d'une certaine profondeur, construit couche par couche. Consciente de ce fait, l'artiste procède parfois à des interventions finales. Elle pose des traces dans cette dernière couche constituée de cire en y sculptant un dessin rudimentaire. Les fissures sont ensuite remplies de charbon et sont ainsi accentuées.

Katja Gramann n’emploie cette technique que depuis peu d‘années, mais elle fait preuve d’un flair étonnant pour ces matériaux. Autrefois, elle peignait beaucoup à l'aquarelle. On note ici des parallèles, comme la structure en couches transparentes de peinture et les moyens sty­listiques des bords se chevauchant inégalement, qui dans la peinture à l'aquarelle provien­nent de l'application au pinceau et dans les collages de la déchirure du matériau. Ce que les deux techniques exigent surtout, c’est une exécution de l’œuvre en quelques mi­nutes au cours de laquelle l'artiste doit obéir à son intuition de manière décisive et précise. La cire aux états physiques changeants est beaucoup plus qu'une substance malléable. Dans le travail artis­tique, sa signification culturelle et sa puissance symbolique jouent toujours un rôle. Katja Gramann a ainsi trouvé un langage figuratif convaincant pour elle-même.

© 2017 Dr.BarbaraRollmann-Borretty 

 

Gestes délicats et couleurs dansantes – la peinture libre de l‘artiste Katja Gramann

Article de Dr. Ingrid Gardill

Les œuvres abstraites de grand format de la nouvelle série d'œuvres du peintre Katja Gramann laissent une forte impression au spectateur. Pourquoi en est-il ainsi ? A mon avis, cela vient du fait que l’artiste réussit non seulement à faire briller véritablement les couleurs fortes issues le plus souvent de sa peinture acrylique, mais aussi à donner en même temps une extraordinaire légèreté à ses compositions. Elle y parvient grâce à la mise en scène ou­verte et filigranée, mais décisive des formes.

Ces formes émergent des multiples couches des arrière-plans maintenus dans la clarté ou les traversent en brillant par endroits. Ainsi naissent des ambiances de couleurs spéciales et une fine transparence. Katja Gramann utilise ce tissu délicat avec un coup de pinceau vif et puis­sant pour créer des accents lumineux, la plupart du temps dans une combinaison ciblée avec le noir. Dans la tension qui en résulte se cache l'énergie forte que le spectateur perçoit cons­ciemment ou inconsciemment et qui contribue à clarifier la question initiale.

Mais regardons de plus près la diversité de ces structures animées. C’est comme si elles dan­saient. Tout est en mouvement et connecté en même temps, sauvage mais pourtant clair. Des impressions de motifs floraux (Verwunschen - enchantement -, Zweiter Frühling - deuxième printemps -, Zeitreise - voyage à travers le temps-) peuvent finalement se fondre de façon parfaitement abstraite dans des tons de couleurs pures. Ce faisant, l'artiste insère parfois des lignes dynamiques qui rythment les œuvres comme des barres de mesure. Elles soutiennent les formes et aussi l'œil du spectateur. En même temps, elles ressemblent à des lignes de vie. Mais Katja Gramann les laisse aussi de temps en temps de côté et permet ainsi à la structure des couleurs de pro­duire simplement leur effet en lui donnant une grande pro­fondeur grâce à des accentuations (Seelensicht - vision de l’âme -), une vue sur un arrière-plan (Leichter Mut – courage facile -) ou en aménageant un espace (Blickfang -accroche-regard -).

Pourquoi est-ce que les fonds d'images perméables de Katja Gramann avec ses gestes gra­cieux font finalement vibrer si fort les cordes sensibles du spectateur? A l'instar des œuvres en cire, le brouillard semblant venir d'un autre monde, ouvre un espace aux fantasmes et aux souhaits. Nous connaissons cet espace ou cet état spécial de par notre propre expé­rience: lorsque nous glissons du monde des rêves dans celui de la conscience éveillée et vice versa. Ce moment se retrouve dans presque toutes les œuvres de l'artiste. Katja Gramann le retient avec le terme approprié de capteur de rêves.

Titre: "Traumfänger" (capteur de rêves), 100x200x4cm, 2016
  Les capteurs de rêves indiens sont des objets légers, semblables à des filets, striés de plumes, de ficelles colorées, de perles et de toutes sortes de bijoux. Suspendu au-dessus de la couche, seuls les bons rêves doivent pouvoir trouver un passage, tandis que les rêves prétendument mauvais doivent être retenus pour s’évanouir dans la lumière du matin. Une œuvre de l’artiste porte le titre de « Traumfänger » (capteur de rêves). Elle montre des lignes animées et des champs de couleur sur fond clair qui à son tour est entremêlé de nuances de lumière et de couleurs. Le peintre donne à ce "tissu" un aspect délibérément diffus, nous rappelant cet état particulier entre le monde du rêve et la conscience éveillée.

Ce principe est pleinement reflété dans „Zündung“ (ignition), l'œuvre la plus récente de Katja Gramann. Ici, le fond perméable définit l'image. Le peintre n'insère qu'occasionnelle­ment des traces de néon orange et rose dans la partie supérieure de la peinture entourée de délicates lignes noires et les fait danser comme des étincelles de feu.

La joie exubérante de Katja Gramann pour la découverte et son grand désir de peinture libre se sont récemment traduits dans de nouvelles œuvres dans lesquelles elle apporte ses accents de couleur en remplissant presque la totalité du format. Avec des pigments et une technique mixte de suie, sable, cendre, papier, charbon de bois et autres matériaux qui créent des structures délicates à la surface de l'image, elle crée des formations légères (Archaisch - archaïque -) ou fortement colorées (Stellungnahme - prise de position -, Rendez-vous - rendez-vous -) qui s'immiscent dans l'image de manière exigeante. Le courage de se déployer avec de la cou­leur presque monochrome et en même temps sur un fond sensible caractérise ces images fortes.

Pour cette série d'œuvres également, le principe du capteur de rêves est considéré comme une déclaration esthétique de l'artiste : la peinture libre, abstraite et finalement informelle de Katja Gramann mène à des travaux qui font appel à nombre de choses. Mais comme à la sortie d'un rêve, le contenu ne peut jamais être saisi concrètement et dans sa totalité. Ainsi, peuvent surgir des désirs, des idées ou même des éléments qui sommeillaient encore dans l’inconscient. Tout spectateur se voit ainsi offrir la possibilité d'engager un dialogue ouvert et plein d’inspiration avec les œuvres fascinantes de l'artiste.

© 2017 Dr. Ingrid Gardill

 

 

Katja Gramann interviewée par l'historienne de l'art, Dr. Ines Kehl

Dr. Ines Kehl: Chère Katja Gramann, quels étaient vos débuts, comment avez-vous commencé la peinture?

Katja Gramann: Mes parents ont compris tôt que j'aimais peindre et que je peignais beaucoup. Ils m'ont offert pour mes 12 ans une boîte d'aquarelle et un stage à la Volkshochschule (Université Populaire). J'y suis allée toutes les semaines, seule enfant parmi les séniors (sourit...). Mais cela n'avait pas d'importance – personne n'était surpris. Et, grace à ma petite boîte, j'ai appris comment on mélangeait les couleurs – je m'en sers encore aujourd'hui. Ce n'est qu'après mes études, quand je suis arrivée à Berlin, que j'ai découvert la peinture acrylique grand format, à l'École de peinture du couple d'artistes Jürgen Sage et Astrid Albers. Avant, je ne faisais que des aquarelles.

 

Dr. Ines Kehl: Quelle importance avait votre passage à Berlin ?

Katja Gramann: Berlin inspire tout artiste dans l'âme, tellement la ville est multicolore et chaotique, beaucoup est à faire, l'énergie dans l'air est presque palpable et en même temps, tout est relativement relax – c'est un formidable mélange qui vous invite littéralement à la créativité. A Berlin, j'ai compris que l'art était et allait rester une part essentielle de ma vie. L'École de Peinture de Jürgen Sage et Astrid Albers m'a beaucoup apporté dans ce sens. J'y ai été merveilleusement bien accompagnée au niveau artistique. Les mises au point hébdomadaires avec tous les deux m'ont énormément appris. Même après avoir déménagé à Munich depuis longtemps, ils m'ont guidée via téléphone et internet.  J'ai une très grande confiance dans ces deux artistes. Malheureusement, Jürgen Sage est décédé mais nous gardons le contact avec Astrid de temps à autre.

 

Dr. Ines Kehl:  Vous êtes à Munich depuis 2003. Ce n'est pas facile d'y louer un atelier. Où avez-vous fait de la peinture et où exercez-vous aujourd'hui ?

Katja Gramann: A Munich Pasing, juste de l'autre côté de ma cour, j'ai pu louer pour très peu d'argent une ancienne distillerie, petite et relativement délabrée. Il y avait de terribles courants d'air et il faisait très froid – pendant l'hiver, je ne pouvais peindre qu'avec des gants – mais c'était un espace pour moi toute seule. Et justement parce que c'était en mauvais état, je pouvais me donner à coeur joie et laisser couler mes peintures sur les toiles sans avoir à réflechir aux salissures – c'était parfait pour moi ! Depuis 2010, nous habitons Gräfelfing et je peux travailler dans mon propre atelier à la maison.

 

Dr. Ines Kehl: Vous n'avez jamais regretté de ne pas avoir fait des études d'arts à l'université ?

Katja Gramann: J'y ai pensé mais à vingt ans, je n'en avais pas le courage, la vie d'artiste étant de manière générale relativement difficile et la plupart ne peuvent vivre seulement de leur art. À l'époque, je n'avais pas encore réflechi aux alternatives. Je me suis donc décidée à faire des études d'allemand et d'histoire, ce qui me paraissait alors un meilleur gagne-pain, (rit...).  Je suis devenue la personne que je suis aujourd'hui par toutes les expériences et opportunités rencontrées et mes études universitaires dans une toute autre discipline en font partie. Par conséquent, je ne regrette pas mon cheminement. 

 

Dr. Ines Kehl: Cependant, dans l'art, les auto-dictates ont la tâche plus lourde que les artistes diplômés, même si parfois ils sont des créatifs plus imaginatifs et libres.

Katja Gramann: En ce qui concerne „la lourdeur de la tâche“, c'est tout à fait juste et je sais de quoi ça parle car s'il y a une constante dans ma vie, c'est d'être un auto-dictate. Par exemple, tout en ayant fait des études d'allemand et d'histoire, j'ai ensuite travaillé dans le marketing et le management de produits. Dans chacune des entreprises, j'étais la seule à venir d'études littéraires. C'est en tant que responsable de produit que j'ai commencé à faire des photos et des peintures grand format et me suis lancée en artiste libérale à mon compte après la naissance de mes enfants. En général, les auto-dictates apportent beaucoup, ayant vécu, fait et étudié de tout autres domaines que celui dans lequel ils exercent. Et tout ce que peut emmener cette autre expérience va influer la créativité de l'artiste. De ce point de vue, je n'ai pas de souci avec mon côté auto-dictate.

 

Dr. Ines Kehl: Comment continuez vous à vous former, est-ce possible de se former seule ?

Katja Gramann: Beaucoup de choses arrivent par les essayages. Et je participe régulièrement à des stages des académies d'arts de Bad Reichenhall et Augsburg, pour continuer à évoluer et apprendre de nouvelles techniques. Plus particulièrement l'échange avec l'artiste et intervenante Andrea Rozorea m'a énormément aidé dans mon art. Aujourd'hui, nous nous retrouvons souvent toutes les deux dans l'atelier d'Andrea pour peindre ensemble. C'est génial!

 

Dr. Ines Kehl: D'où vous viennent vos inspirations . Comment trouvez-vous vos idées pour vos peintures abstraites ?

Katja: Souvent, les artistes voient leur environnement un peu différemment. Par exemple, je peux être réjouie quand je vois, sur l'assiette vide, comment le reste du jus de betterave se mélange avec la sauce marron foncée du vinaigre balsamique. Je me dis „Quelle panoplie de couleurs, je vais l'essayer“, ou alors, je cligne des yeux pour tout voir flou – tout devient uniquement couleur et forme – et je vais ensuite essayer de reproduire cette abstraction dans mes peintures.